RENCONTRE AVEC MAÎTRE SONIA CISSÉ – Legaltechs: job killers or job transformers ?

Le Vendredi 17 mai 2019, à l’occasion du lancement de la #FrenchLegalTech à la 4ème édition du salon européen de la Viva Technology, Young AvoTech a assisté à un pitch de Maître Sonia Cissé, collaboratrice counsel en Droit des nouvelles technologies chez Linklaters, sur le sujet : « Legaltechs: job killers or job transformers ? ». À cette occasion, nous avons pu connaître le point de vue d’une avocate connectée exerçant dans un grand cabinet international, structure qui demeure particulièrement sensible au développement de nouveaux outils techs au service de l’exercice quotidien de la profession d’avocat.

La présentation débute par une réflexion qui suscite aujourd’hui la plus grande des inquiétudes chez les professionnels du droit ; l’arrivée imminente des solutions d’intelligence artificielle (IA) signifierait la disparition progressive des métiers juridiques. « Je suis totalement en désaccord avec ces propos » enchaîne Maître Cissé, qui assure vouloir nous le démontrer en considérant, notamment, l’exemple de la Due diligence légale.

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La Legaltech pour rentabiliser le travail élémentaire et chronophage de l’avocat

Dans le cadre de cette procédure (qui consiste à collecter, comprendre et évaluer tous les risques juridiques inhérent à un processus de M&A), les avocats doivent entre autre parcourir une quantité pharaonique de documents. Cette étape d’audit juridique, préalable nécessaire à toute transaction, prend un temps considérable et se résume à un travail sans véritable valeur ajoutée. Autrement dit, ces tâches fastidieuses et répétitives ne requièrent pas les compétences acquises au cours des cinq (longues et douloureuses) années d’études de droit à l’Université. Aussi, et bien que l’usage d’une « Data room » virtuelle permet de nos jours un accès facilité aux documents utiles, l’utilisation progressive et quotidienne des Legaltechs (et en particulier de l’IA) par les cabinets d’avocats va permettre une accélération significative du processus de Due Diligence, qui sera à l’avenir automatisé et réputé « intelligent ».

À titre d’illustration, de nombreux cabinets d’affaires internationaux (tels que Latham & Watkins, Hogan Lovells ou encore DLA Piper) ont déjà adopté l’intelligence artificielle Kira Systems. Cette Legaltech, basé sur le Machine Learning (ou apprentissage automatique), permet notamment d’analyser le contenu de tout type de contrats juridiques et ainsi créer des tableaux récapitulatifs et des résumés personnalisés pour quasiment toutes les données examinées. En outre, étant donné que les utilisateurs peuvent « apprendre » à Kira à identifier certaines clauses précises et spéciales dans les documents, son efficacité et sa pertinence pour les utilisateurs augmentera avec le temps. Aussi, dans une société où le temps est précieux, il est indéniable que Kira augmente à la fois l’efficacité et la précision de la Due Diligence.

Il est en outre important de noter que Linklaters a été le premier cabinet d’avocats du Magic Circle à avoir choisi d’utiliser la Legaltech RAVN (dont l’objet est similaire à Kira, à savoir utiliser l’IA pour organiser des documents légaux, grâce à une analyse des données clés) et à avoir également développé en interne sa propre plateforme d’IA « Nakhoda », en partenariat avec la société londonienne Eigen Technologies Limited, qui a l’avantage d’être développée par des avocats, pour des avocats.

« Chez Linklaters, nous avons développé plusieurs outils utilisant l’IA afin qu’ils puissent automatiquement catégoriser et extraire les informations juridiques pertinentes, qui seront par la suite condensées dans un modèle spécifique et analysées par les équipes compétentes. Notre ambition est de toujours être plus rentable et de fournir un service sur-mesure à nos clients »

Maître SONIA CISSÉ

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La Legaltech pour optimiser les compétences clés à haute valeur ajoutée de l’avocat

Concrètement, utiliser ces outils permet de se « focaliser sur la stratégie à développer et les besoins spécifiques à satisfaire pour les clients », car « être un avocat, ce n’est pas seulement lire des articles de lois et les re-lire au client, c’est aussi et surtout interpréter les textes et délivrer des conseils en fonction de notre expérience, notre ressenti », souligne Maître Cissé. Autrement dit, s’il est indéniable que certains aspects de la pratique de l’avocat seront fortement affectés par le développement de l’IA (comme la collecte et l’organisation d’informations), ces derniers se concentreront davantage sur des missions plus stratégiques, qui exigent une authentique intelligence émotionnelle et des compétences spéciales dans la résolution de problèmes complexes.

Aussi, à l’heure actuelle, aucune machine n’est capable d’appréhender ces « zones grises », qui nécessitent une interprétation humaine. Les robots, bien qu’ils nous soient bien utiles dans la lecture intelligente de documents, ne pensent pas encore comme les avocats !

De gauche à droite : Maître Vincent Fauchoux, Sarah Emile, Brice Matter, William Fauchoux, Tristan Lucas, Maître Sonia Cissé, Magali Cadoret, Ayoko Degboevi, Lucile Vasse, Julie Serrier et Valentine Pousset

Ce que nous devons retenir

Aujourd’hui, les Legaltechs doivent être considérées comme étant au service tant de l’avocat que du client et se positionner sur le marché actuel comme un outil, et non un concurrent. L’enjeu pour les cabinets d’avocats est ainsi d’envisager ces start-ups du droit comme des partenaires afin d’attirer et de retenir à la fois les clients et les « talents » du droit mais aussi assurer une bonne et durable transition dans la mutation (digitale) progressive de notre métier.
En tant que telles, ces nouvelles technologies jouent donc un rôle essentiel dans l’écosystème juridique, où les grands cabinets doivent soutenir et utiliser celles-ci pour deux raisons principales : faire gagner du temps aux avocats (et de l’argent au client, car ne l’oublions pas… Time is Money !) et mieux répondre aux besoins et attentes des clients.


Toute l’équipe de Young AvoTech tenait à sincèrement remercier Maître Sonia Cissé, qui a eu l’extrême gentillesse et bienveillance de répondre à toutes nos questions après son intervention sur ce sujet, de manière passionnante et passionnée !

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